|
Peugeot, un pneu trop tard, un peu trop juste |
Défaite. Le constructeur français s'est avéré trop tendre pour s'imposer. Choix curieux de pneumatiques, stratégie contestable, voiture performante mais goulue et difficile à gérer au stand : le temps de l'expérience doit faire son oeuvre.
L'anecdote pourrait prêter à sourire. Elle fait grincer les dents en ce qu'elle a marqué le tournant de la course. Lorsqu'à 3 heures, dans la nuit de samedi à dimanche, Jean-Claude Lefèbvre le directeur de communication chez Peugeot interroge le prévisionniste météo maison, un sérieux doute plane alors sur la clémence des éléments. Mais l'homme de l'art est catégorique : « La pluie n'est pas attendue avant 8 heures », assure-t-il. Moins d'une heure et demi plus tard, la piste est détrempée. Et si les 908 de chasse (n° 9 et n° 8) s'arrêtent bien vite pour chausser des pneus pluie, la n° 7 de pointe continue sur sa lancée.
Atermoiements coupables
Lorsque la 7 effectue le détour par son stand, c'est pour tenter le coup avec des gommes intermédiaires alors que le grain redouble d'intensité. Mauvais choix. L'auto du trio Villeneuve-Minassian-Gene est à nouveau contrainte à un pit stop afin d'adopter les semelles communes. Trop tard. Elle ne reverra plus l'Audi n° 2 aux décisions tranchées net. Et lorsqu'en toute fin de course, la pluie se remet à tomber, de nouveaux atermoiements pénalisent le Lion. La consigne est alors de tenter un coup, de jouer et conservant des pneus destinés à un asphalte proposant une adhérence impeccable. « On a essayé de jouer notre carte dans des conditions difficiles, on n'avait pas d'autres choix », plaide Michel Barge le patron de Peugeot Sport. Encore raté, Nicolas Minassian se bat pendant quelques tours avec son auto avant de faire machine arrière... Juste au moment où la piste sèche.
À croire que les responsables de la stratégie ont perdu leurs nerfs, en même temps qu'ils perdaient la course. En multipliant les retours au box, ils se sont tiré une balle dans le pied. Le ballet des mécaniciens maison est de toute évidence moins rodé et harmonieux que celui du concurrent direct, où toute intervention sur les voitures se fait de manière plus fluide, efficace.
Qui plus est, la 908 HDI n'est pas la voiture sur laquelle il est le plus facile d'intervenir. Et puis, elle est plus gloutonne en carburant que la R10, obligation lui est donc faite de passer plus souvent à la pompe. Chacun de ces arrêts se solde par une nouvelle perte de secondes précieuses. Au total, la n°7 sera passée 37 fois par la pit lane. 50'' pour la virée la plus rapide; 2'27'' pour la plus longue. L'Audi du triomphe aura vu ses mécanos à 34 reprises. 46'' au plus court, l'intervention la plus « lente » durant 1'41''.
Peugeot doit travailler. Encore. Plus. Gommer les détails pénalisants, les défauts de jeunesse de son bolide si séduisant par ailleurs, dont la vitesse a impressionné tout le monde autour du circuit manceau. « Nous manquons un peu d'expérience », ont dit de concert les pilotes et Bruno Famin le directeur technique: « Le seul moyen de l'acquérir, c'est d'aller au Mans, seule course de ce genre. » « Dès lundi, à Vélizy, nous allons analyser, dépouiller tous les compartiments où il y a matière à amélioration », renchérit Michel Barge. Pour revenir plus fort en 2009.
Olivier CLERC.
